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Les rythmes et danses traditionnels guyanais — une survivance

« Angélina joli bato
Bèl batiman ki annan rad-a
Angélina wa poté laviktwar »

Ce refrain populaire du monde créolophone peut encore être entendu à Cayenne, un samedi soir, dans une salle de konvwé. Là, trois tambours se répondent : le foulé accompagne, le koupé appelle les solos et le plonbé tient la basse, tandis que le tibwa marque le tempo — « Tak pitkak pitaktak ».
Les voix montent. Les femmes ajustent leurs kanmza, les hommes leurs nika. Peu à peu, les corps entrent dans le rythme.

Il s’agit d’un konvwé. On vient pour faire la fête : chanter, danser, se retrouver et répondre aux tambours. Mais ce qui paraît seulement festif porte une histoire plus ancienne.
Dans les chants, dans les pas et dans la manière de frapper le tambour se transmet une part de ce que les anciens ont conservé. Ces gestes ont traversé le temps parce que des femmes et des hommes ont continué à les pratiquer, malgré l’esclavage, les interdictions et le mépris.

1656

Cette année-là, des colons néerlandais et juifs venus du Brésil s’installent à Cayenne et développent la culture de la canne à sucre. Avec eux arrivent des Africains réduits en esclavage, parmi les premiers dont la présence est attestée en Guyane.

Ils viennent de différentes régions d’Afrique occidentale et centrale. Hommes et femmes ont été capturés, transportés de force, vendus et séparés des leurs. Des familles sont dispersées. Des liens sont rompus. Des noms sont remplacés. Le pouvoir colonial ne veut voir en eux que des bras pour travailler.

Mais ces terres ne sont pas vides. Les Kali’na, les Lokono-Arawak, les Palikur et les Wayana y vivent, s’y déplacent et y entretiennent leurs propres réseaux. L’avancée européenne apporte les maladies, la guerre, les déplacements et la perte des terres.

Entre Africains asservis et peuples autochtones, les relations ne sont jamais simples. Il y a des échanges, des savoirs partagés, mais aussi des méfiances, des conflits et des alliances.

Face à la violence coloniale, chacun cherche à maintenir ses liens, ses savoirs et ses manières de vivre.

La naissance d’une culture créole guyanaise

Sur les « habitations coloniales », il faut trouver les moyens de communiquer, de maintenir des liens et de transmettre.

Les langues africaines deviennent difficiles à maintenir : les personnes déportées viennent de régions différentes, ne parlent pas toujours les mêmes langues et sont soumises à la surveillance des maîtres.

Dans ces conditions, une langue nouvelle se forme peu à peu : le créole guyanais, ou kréyòl Lagwiyann. Il s’agit ici du nom d’une langue, et non d’une typologie de population.

Elle naît du contact entre les différentes variétés de français parlées dans la colonie, les langues africaines apportées par les personnes esclavisées et, dans une certaine mesure, les langues autochtones.

Longtemps méprisé et réduit au rang de « baragouin », le créole devient pourtant une langue de tous les jours : une langue pour parler, comprendre, nommer le monde et transmettre malgré la domination.

La musique et les tambours participent eux aussi à cette continuité. L’organisation à trois tambours — le foulé pour l’accompagnement, le koupé pour les appels et les variations, le plonbé pour la basse — rappelle certaines logiques musicales présentes en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.

Les rythmes accompagnent le travail collectif et les abati, soutiennent les danses et permettent d’exprimer ce qui ne peut pas toujours être dit ouvertement.

Du XVIIe au XIXe siècle, une culture propre à la société créole guyanaise se forme ainsi sous la contrainte. Elle reçoit des apports africains et autochtones, tout en réinterprétant des pratiques européennes.

Le chant responsorial, la place du tambour, le lien entre musique et danse, ainsi que certaines manières d’engager le corps témoignent de continuités africaines, sans être de simples reproductions de pratiques demeurées intactes.

une mémoire culturelle à préserver et à transmettre

Cette culture est dite « traditionnelle » non parce qu’elle serait figée, mais parce qu’elle porte une mémoire transmise sur plusieurs générations. Elle peut recevoir de nouvelles influences et continuer d’évoluer sans perdre ce qui fait sa singularité. Le danger apparaît lorsque les rythmes, les gestes, les paroles et les savoirs ne sont plus pratiqués ni transmis, sous l’effet de l’oubli, du mépris ou de l’abandon.

Des associations et groupes folkloriques travaillent à la préserver, notamment au sein de la FATCG, la Fédération des Arts Traditionnels Créoles Guyanais. Ce site s’inscrit dans ce même effort de transmission autour de trois axes :

  • Rythmes et danses : Kasékò, Grajé, Léròl, Kanmougwé, Débòt, Grajévals, Béliya, Djanbèl, Kaladja, Moulala, ainsi que des rythmes anciens en voie d’oubli comme Takwiyè, Moulendjo, Djouba, Poloké, Rozana, Djougoudak.
  • Chants : répertoire en kréyòl Lagwiyann, paroles, sens, contextes d’usage.
  • Langue, histoire, société : Le créole guyanais comme langue endogène née sous la contrainte coloniale, son histoire, sa formation et les dynamiques sociales qui ont accompagné l’émergence de cette culture. Cet axe aborde également les manières dont les Afro-Guyanais construisent, vivent et transmettent leur identité.

Ce qui continue

Les rythmes, les danses, les chants et le kréyòl Lagwiyann témoignent d’une histoire de survie, mais aussi de création, d’adaptation et de transmission.

Leur transmission dépend aujourd’hui de celles et ceux qui les pratiquent, les enseignent, les documentent et les partagent.

Ce site participe à cet effort en réunissant des informations sur les rythmes, les danses, les chants, la langue et leur histoire, afin de mieux les connaître et de contribuer à leur transmission.

Les rythmes en un coup d’œil

Motif de frappe (foulé) tiré de la page de chaque rythme — ● son grave · ○ son aigu · Ø kasé (son sec) · ‒ silence